Le nouveau DPE 2026 : le coefficient 1,9 expliqué
Le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE a été abaissé de 2,3 à 1,9. Conséquence : environ 850 000 logements chauffés à l'électricité ont été reclassés vers une meilleure étiquette, sans aucun travaux. Voici comment ça marche et qui en bénéficie.
1. Qu'est-ce que le coefficient de conversion ?
Le DPE évalue la consommation d'énergie primaire (kWhep/m²/an), pas l'énergie finale consommée par l'appareil. Pour les énergies fossiles (gaz, fioul, bois), 1 kWh consommé = 1 kWh primaire (le coefficient est 1).
Mais pour l'électricité, il faut prendre en compte les pertes de production et de transport sur le réseau. Historiquement, ce coefficient a été fixé à 2,58 (rendement du parc nucléaire français), puis abaissé à 2,3 en 2021, puis à 1,9 au 1er janvier 2026.
Concrètement : pour 1 kWh d'électricité consommée à votre compteur, le DPE comptabilisait 2,3 kWh primaires avant 2026, et seulement 1,9 kWh maintenant — soit une baisse de 17,4 % de la consommation primaire affichée.
2. Pourquoi cette baisse en 2026 ?
La justification officielle : le mix électrique français s'est décarboné (plus de renouvelables, moins de combustibles fossiles), et le coefficient à 2,3 surévaluait l'impact réel des consommations électriques. Le 1,9 reflète mieux l'efficacité actuelle du système électrique national.
La justification politique (non assumée mais évidente) : aider les ménages chauffés à l'électricité à sortir des catégories F et G, alors que l'interdiction de location des G est entrée en vigueur le 1er janvier 2025.
3. Qui bénéficie de la réforme ?
Logiquement, les logements dont l'électricité représente une part importante du chauffage et de l'eau chaude. En France :
- 5,8 millions de logements avec chauffage électrique principal (40 % du parc DPE)
- ≈ 850 000 logements ont gagné au moins une classe DPE grâce à la réforme
- ≈ 95 000 logements sont sortis du statut "passoire" (F+G)
- Les logements chauffés au gaz, fioul ou bois ne sont pas concernés (coefficient inchangé)
4. Comment savoir si mon DPE en a bénéficié ?
Mon DPE date d'après janvier 2026
Le nouveau coefficient est automatiquement appliqué. Aucune démarche nécessaire.
Mon DPE date d'avant janvier 2026
Le DPE original reste valable 10 ans. Mais vous pouvez obtenir gratuitement une attestation de mise à jour :
- Connectez-vous à l'observatoire DPE de l'ADEME
- Recherchez votre logement par numéro de DPE ou par adresse
- Si éligible, téléchargez l'attestation au format PDF
- Annexez l'attestation au DPE original pour vente ou location
L'attestation est gratuite, instantanée et a la même valeur juridique que le DPE actualisé. Elle peut être présentée à l'acheteur ou au locataire, et elle vaut nouveau classement pour les obligations légales (interdiction de location, etc.).
5. Exemple concret
Appartement T3 de 65 m² à Reims, chauffage électrique, consommation finale 11 700 kWh/an pour les 5 usages (chauffage, eau chaude, refroidissement, ventilation, éclairage).
- Calcul avant 2026 : 11 700 × 2,3 = 26 910 kWh primaires → 414 kWh/m²/an → classe F
- Calcul depuis janvier 2026 : 11 700 × 1,9 = 22 230 kWh primaires → 342 kWh/m²/an → classe F encore
- Si la consommation avait été 10 500 kWh/an : F → E grâce au coef 1,9
Le gain dépend du seuil dans la grille. Plus vous êtes proche d'un seuil, plus la réforme vous fait basculer.
6. Et pour la rénovation d'ampleur ?
Le nouveau coefficient ne dispense pas de la rénovation. Au contraire : si votre DPE est passé de F à E, votre logement reste concerné par l'interdiction de location en 2034 (E). Et si vous avez gagné une classe sans rénover, c'est l'occasion de profiter du nouveau classement pour vendre dans de meilleures conditions ou continuer à louer sereinement en attendant les prochaines étapes (F en 2028, E en 2034).
7. Les critiques et limites
Plusieurs voix se sont élevées contre cette réforme :
- L'UFC-Que Choisir dénonce un "tour de passe-passe" qui masque la réalité énergétique du parc sans réelle amélioration
- Des bailleurs ont anticipé la réforme et différé leurs travaux — ils s'en félicitent ; les locataires moins
- Le coefficient 1,9 reste discuté scientifiquement (le 2,3 reflétait mieux les pertes réelles selon certains experts)
- La réforme n'affecte que les calculs DPE — les consommations réelles sont inchangées (votre facture d'électricité ne baisse pas magiquement)